LA FLAMME DE JAURES A SAINT-ETIENNE
5 Juillet 2014
ALLOCUTION DE GAEL PERDRIAU
Maire de Saint-Etienne

 

Monsieur le Président de la Fondation,
Monsieur le Député,
Monsieur le Sénateur,
Madame la Préfète
Mesdames et Messieurs,
Nous célébrons, cette année, le centenaire du déclenchement d’une guerre monstrueuse qui a touché toutes les villes, tous les villages, tous les cœurs et bien des familles stéphanoises.
Jean Jaurès, assassiné le vendredi 31 juillet 1914 à 21h40, fut le premier martyr d’une guerre qui, tel un monstre sanguinaire, égorgea ses enfants : neuf millions de morts dont un million quatre cent mille Français périrent lors de ce conflit mondial.
Ce soir-là, Raoul Villain venait d’assassiner lâchement un pacifiste convaincu, un patriote républicain.
Ce soir-là, il venait de tuer tous les espoirs d’empêcher une guerre qui sera, inévitablement, déclenchée – trois jours après – par l’Empire Allemand.
Patriote jusqu’à l’extrême limite, Jean Jaurès s’apprêtait, le soir même, après son diner au café du croissant, à terminer un article pour convaincre la Chambre de s’opposer à ce conflit.
Clemenceau « l’ennemi intime » écrira le lendemain dans « l’Homme libre », non sans émotion : «hier, un misérable fou assassinait Jaurès au moment où il rendait d’une magnifique énergie, un double service à son pays, cherchant obstinément à assurer le maintien de la paix, et en appelant tout le prolétariat français à la défense de la patrie».
Cent ans après, la flamme républicaine de Jean Jaurès brûle aujourd’hui au pied de sa statue qui rappelle son engagement pour les ouvriers stéphanois.
L’universalisme de son combat pour la paix est reconnu par tous, bien au-delà des clivages et sensibilités politiques.
Éloigné de tout sectarisme, le message de ce républicain, parlementaire de gauche, journaliste, historien et philosophe, humaniste engagé, défenseur acharné des droits de l’homme et du syndicalisme nous interpelle toujours.
Comme Emmanuel Kant, comme Jean Jaurès, nous formulons tous le souhait d’une « paix perpétuelle ».
Et pourtant…
Guerres, génocides, massacres, Shoah, terrorisme se succèdent toujours… Le 20e siècle et ce début du 21e témoignent encore et  toujours de notre inhumanité.
«Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde» disait Bertolt Brecht.
Alors prenons garde à ne pas laisser s’installer, se diffuser insidieusement des messages de haine d’où qu’ils viennent et qui surgissent d’un passé qui semblait pourtant ne plus avoir d’avenir.
On sait où peut conduire un nationalisme effréné, un refus de l’Europe, un refus des autres. Cela conduit aux discriminations, au racisme, à l’antisémitisme, à l’homophobie.
Alors, souvenons-nous qu’il y a cent ans les funestes tocsins des églises de Frances sonnaient l’heure de la mobilisation,
Souvenons-nous qu’il y a 70 ans Saint-Etienne se libérait du joug nazi et soignait les plaies béantes provoquées par un bombardement aveugle,
Souvenons-nous, selon la formule de Jean Giraudoux, que « la paix est toujours l’intervalle entre deux guerres ».
Souvenons-nous de Jean Jaurès, de son action pour la paix, de son humanisme, de son ouverture vers les autres.
Non, cette flamme ne doit pas s’éteindre et brûler toujours dans notre cœur et celui de nos enfants.
C’est à ce prix que nous conserverons cette fraternité et cette liberté que nous chérissons tous.
Merci.