Accueil de La Flamme de Jaurès

 

Allocution de Gérard Lindeperg,

Président de l’association Jean Jaurès dans la Loire

Vice président de la Fondation Jean Jaurès

 

La flamme que vous voyez brûler devant vous a été allumée à Castres, lieu de naissance de Jaurès, en présence des élèves du collège où il a étudié et qui porte aujourd’hui son nom. Des mots de Jaurès, gravés sur le flambeau, incarnent ses valeurs, ses combats et l’actualité de sa pensée: liberté, justice, laïcité, paix, socialisme… Ce bel objet design, qui évoque un journal replié sur lui-même, nous rappelle que Jaurès était un journaliste, auteur de milliers d’articles, notamment dans La dépêche de Toulouse, La petite République…et bien sûr L’Humanité qu’il a fondée en 1904.

Cette flamme a circulé dans tout le département du Tarn dont il a été député, à Toulouse où il a été professeur à l’Université et adjoint au maire, avant de venir à Saint-Etienne près de son buste et sur cette place qui lui a été dédiée. Avant d’aller à Paris au café du Croissant rue Montmartre, là où Jaurès a été assassiné, elle sera bientôt à Lyon-Vaise, sur le lieu où il a fait son grand discours contre la guerre qui menaçait, dernier discours prononcé en France avant sa mort.

 

Les facettes de la personnalité de Jaurès sont multiples : journaliste, on l’a vu, philosophe, historien, écrivain, grand orateur…mais avant tout Jaurès se définit comme un politique. Je dis bien un politique, et non un politicien, car il a toujours refusé de céder au cynisme et à la démagogie. Dès qu’il parle, il élève le débat car il a une vision de la société à construire ; mais il ne se contente pas d’abstraction : il s’attache à définir les moyens pour transformer le monde d’injustices qu’il combat. Car Jaurès est un combattant.

Voici ce qu’il écrit dans La Dépêche dès 1889 :

« La vérité est que la politique est un combat, le noble et l’éternel combat du droit contre le privilège, du juste contre l’injuste, de l’Humanité contre l’oppression et le mal ».

Jaurès a été de tous les grands combats de son temps en faveur des Droits de l’homme, contre la peine de mort, contre l’ignorance et pour l’éducation, contre l’antisémitisme et pour la justice, pour la reconnaissance de la dignité des peuples colonisés et bien sûr pour la reconnaissance des droits sociaux des ouvriers.

 

Quand il vient pour la première fois à Saint-Etienne, il répond à l’invitation de Michel Rondet. Nous sommes en 1886 et Jaurès n’est pas encore socialiste. Il est alors député républicain et se présente en défenseur d’une République qui doit être soutenue car elle est toujours menacée par les cléricaux et les monarchistes. Quelques années plus tard, en devenant socialiste, il considère son socialisme comme l’épanouissement de la République ; l’égalité, la liberté, la fraternité ne peuvent prendre tout leur sens dans un monde dominé par l’injustice sociale. Il veut concrétiser les espérances nées de la Révolutionde1789 en leur donnant la dimension sociale qui leur manque.
Jaurès va répondre à l’appel des mineurs de Saint-Etienne en grève au tout début de l’année 1900. Il saura les écouter, intervenir en leur faveur auprès d’un patronat qui se croit trop souvent de doit divin et il sera à l’origine d’un arbitrage qui donnera satisfaction aux grévistes. Jaurès considère que « la grève est une arme tristement nécessaire » et il veut éviter les grèves qui s’enlisent avec leur cortège de souffrances et de misère. C’est pourquoi il recherche le compromis qui permet une avancée sociale sur laquelle les ouvriers pourront s’appuyer pour aller plus loin.

 

Il reviendra pour inaugurer la Bourse du travail en février 1904 et adresser un message de paix et d’unité. Message de paix au moment où la guerre russo-japonaise fait rage, message d’unité en direction des socialistes divisés en chapelles rivales. Si Jaurès réussira l’unification socialiste avec la naissance de la SFIO l’année suivante, il échouera à empêcher la première guerre mondiale en dépit des efforts inlassables qui seront les siens pour les dix années à venir. Son assassinat le 31 juillet suscite une vive émotion dans tout le pays. Avec Jaurès disparaît celui qui apparaissait comme le dernier rempart contre la tuerie dont il avait pressenti toutes les horreurs. L’annonce de sa mort intervenue à 21H40 se répand comme une traînée de poudre et à 23H la place Marengo est noire de monde ; la foule, émue, ne manifeste pas violemment. On entend des cris : « Vive Jaurès », « Vive la paix ». Mais il est trop tard ; la disparition de celui qui va devenir le « martyr de la paix » coïncide avec la mobilisation générale le 1er août. On peut lire dans L’Humanité qui paraît le lendemain de l’assassinat : « Jaurès s’en va, la guerre arrive ».

 

Bien que Jaurès n’ait jamais été membre d’un gouvernement, il laisse une trace profonde dans notre histoire. Ainsi, la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat portée par Aristide Briand n’aurait pas pu être votée sans le soutien de Jaurès qui a su mobiliser le groupe socialiste à la Chambre. Ces deux grandes figures qui ont marqué l’histoire de notre ville nous ont légué une loi de liberté et de tolérance qui fonde encore aujourd’hui notre République laïque.

 

La conception du socialisme de Jaurès est profondément humaniste. C’est pourquoi, bien au-delà de la gauche, il parle à tous les Français. Etre socialiste ce n’est pas seulement défendre les intérêts de la classe ouvrière, c’est contribuer à la régénération morale d’une société abîmée par l’argent et sans idéal.

 

Lorsque André Malraux, ministre de la culture du général De Gaulle, accueille au Panthéon les cendres de Jean Moulin, il termine son fameux discours en citant trois noms :

Carnot et les soldats de l’An II

Victor Hugo et les Misérables

Jaurès et la justice.

 

Trois noms qui incarnent la France dans ce qu’elle a de meilleur et dans lesquels les Français se reconnaissent.