JAURES parle de la Nation

« Oh ! Messieurs, je ne suis pas de ceux qui disent que c’est la Révolution française qui a créé la nation.

La France préexistait à la Révolution française.[…] mais ce qui est vrai, c’est que cette nation, cette patrie, la Révolution française l’a singulièrement élargie et intensifiée. Et pourquoi la patrie à l’heure de la Révolution est-elle devenue plus une, plus consciente, plus ardente et plus forte ? […] c’est parce que les citoyens qui n’étaient jusque-là que des sujets, qui n’étaient qu’une sorte de foule passive ont été appelés, tous, à l’exercice d’un droit individuel, d’un droit personnel fondé sur la raison, que tous ces hommes entrant ensemble avec leurs âmes neuves et ardentes, dans la patrie d’hier, l’ont enflammée et l’ont agrandie ».

JAURES parle de l’affaire DREYFUS

« Je pourrais répondre que si Dreyfus a été illégalement condamné et si, en effet, comme je le démontrerai bientôt, il est innocent, il n’est plus un officier ni un bourgeois : il est dépouillé, par l’excès même du malheur, de tout caractère de classe ; il n’est plus que l’humanité elle-même, au plus haut degré de misère et de désespoir qui se puisse imaginer ».

JAURES parle de la République

« Dans notre France moderne, qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance. Instituer la République, c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action ; qu’ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l’ordre ; qu’ils sauront se combattre sans se déchirer ; que leurs divisions n’iront pas jusqu’à une fureur chronique de guerre civile, et qu’ils ne chercheront jamais dans une dictature même passagère une trêve funeste et un lâche repos. Instituer la République, c’est proclamer que les citoyens des grandes nations modernes, obligés de suffire par un travail constant aux nécessités de la vie privée et domestique, auront cependant assez de temps et de liberté d’esprit pour s’occuper de la chose commune. »

« Oui, la République est un grand acte de confiance et un grand acte d’audace. »

JAURES parle de la Paix

« Quoi donc ? La paix nous fuira-t-elle toujours ? (…) Non ! Non ! (…) j’ose dire, avec des millions d’hommes, que maintenant la grande paix humaine est possible, et si nous le voulons, elle est prochaine. Des forces neuves y travaillent : la démocratie, la science méthodique, l’universel prolétariat solidaire. La guerre devient plus difficile, parce qu’avec les gouvernements libres des démocraties modernes, elle devient à la fois le péril de tous par le service universel, le crime de tous par le suffrage universel. La guerre devient plus difficile parce que la science enveloppe tous les peuples dans un réseau multiplié, dans un tissu plus serré tous les jours de relations, d’échanges, de conventions ; et si le premier effet des découvertes qui abolissent les distances est parfois d’aggraver les froissements, elles créent à la longue une solidarité, une familiarité humaine qui font de la guerre un attentat monstrueux et une sorte de suicide collectif ».

 


JAURES parle du socialisme

« Le titre même de ce journal, en son ampleur, marque exactement ce que notre parti se propose. C’est, en effet, à la réalisation de l’humanité que travaillent tous les socialistes. L’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine. À l’intérieur de chaque nation, elle est compromise et comme brisée par l’antagonisme des classes, par l’inévitable lutte de l’oligarchie capitaliste et du prolétariat.

« Le sublime effort du prolétariat international, c’est de réconcilier tous les peuples par l’universelle justice sociale. Alors vraiment, mais seulement alors, il y aura une humanité réfléchissant à son unité supérieure dans la diversité vivante des nations amies et libres. Vers ce grand but d’humanité c’est par des moyens d’humanité aussi que va le socialisme. »

JAURES parle de l’Internationalisme

« Un schéma abstrait ne suffit pas à guider les hommes dans ces crises confuses et terribles. Mais ce qui est certain, c’est que la volonté́ irréductible de l’Internationale est qu’aucune patrie n’ait à souffrir dans son autonomie. Arracher les patries aux maquignons de la patrie, aux castes de militarisme et aux bandes de finance, permettre à toutes les nations le développement indéfini de la démocratie et de la paix, ce n’est pas seulement servir l’Internationale et le prolétariat universel, par qui l’humanité́ à peine embauchée se réalisera, c’est servir la patrie elle-même. Internationale et patrie sont désormais liées. C’est dans l’Internationale que l’indépendance des nations a sa plus haute garantie ; c’est dans les nations indépendantes que l’Internationale a ses [organes] les plus puissants et les plus nobles. On pourrait presque dire : un peu d’internationalisme éloigne de la patrie; beaucoup d’internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l’Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. »

JAURES parle du syndicalisme

« L’institution du délégué mineur répond à un double but : d’abord à un but pratique et immédiat. Il pourra visiter les chantiers pour tâcher de prévenir les accidents et constater quand ils se seront produits. Elle répond encore à un autre but, un but moral et social très élevé. En confiant dans une certaine mesure à des travailleurs la garde d’autres travailleurs, elle leur donne, un témoignage de confiance et permet aux sentiments de confraternité et de solidarité qui animent les ouvriers de prendre un corps et de s’exprimer par cette fonction. »

JAURES parle de la réforme

« Je vous demande d’appliquer à la loi des retraites cet effort de combat, cet effort d’amélioration. J’en ai dit les lacunes graves, je pourrais les signaler plus longuement encore, mais n’oubliez pas les avantages caractéristiques qu’elle offre. (…) À l’age fixé par la loi en vertu d’une table de mortalité publiquement calculée, et dont les résultats sont publics, il a le droit d’exiger, il exige, il reçoit un certain chiffre et il ne reçoit pas seulement un recours matériel, il reçoit un secours de dignité morale.

« (…). Dès demain, si vous le voulez, par le vote immédiat de la loi, et par l’effort d’amélioration que nous ferons tout de suite, dès demain, tous les vieux relèveront le front, et tous les jeunes, tous les hommes mûrs se diront du moins que la fin de la vie ne sera pas pour eux le fossé où se couche la bête aux abois… Eh bien, cela, c’est un résultat que nous ne devons pas ajourner ».

 

 

JAURES parle du droit des femmes

« Ce n’est pas dans cette Revue de l’enseignement qu’il est nécessaire de démontrer le droit des femmes à l’égalité politique et sociale. Les fillettes sont appelées sur les bancs de l’école comme les garçons (…) : c’est leur jugement que l’on s’applique à former et elles seront aussi aptes que les garçons à discerner les raisons d’agir dans la société où elles vivent, à démêler les rapports toujours plus complexes et plus étendus de leur intérêt et de l’intérêt général, de leur droit au droit de tous. Et les institutrices, ne sont-elles pas des éducatrices de la nation elle-même ? (…) Il n’y a donc aucune raison de ne pas leur reconnaître, dans l’exercice de la souveraineté nationale, dans la conduite directe de ces grands intérêts collectifs que résume le mot de politique, la même puissance légale qu’aux instituteurs. »

JAURES parle de la jeunesse

« Oh ! Je ne demande pas aux jeunes gens de venir à nous par mode. Ceux que la mode nous a donnés, la mode nous les a repris. Qu’elle les garde. Ils vieilliront avec elle. Mais je demande à tous ceux qui prennent au sérieux la vie, si brève même pour eux, qui nous est donnée à tous, je leur demande : « Qu’allez-vous faire de vos vingt ans ? Qu’allez-vous faire de vos cœurs ? Qu’allez-vous faire de vos cerveaux ? »

JAURES parle du courage

« Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ».

JAURÈS parle aux mineurs stéphanois à l’issue d’une grève victorieuse, le 7 janvier 1900

« La victoire que vous venez de remporter facilitera votre émancipation, elle ne prouve qu’une chose, c’est que vous avez bien fait de vous organiser. Et maintenant, camarades, après avoir négocié en votre nom pendant plusieurs jours, après avoir, grâce à votre force organisée, obtenu ce résultat, si faible soit-il, nous devons tous ensemble nous en réjouir car vous obtenez la victoire avant même que vos forces aient été seulement entamées, avant que votre résistance soit à bout, avant que vous ayez eu à en souffrir. Vous allez rentrer dans vos puits avec vos forces intactes. Il y en a qui me demande s’il y aura des victimes. S’il devait y en avoir, citoyens, si un seul d’entre vous était frappé pour avoir usé de son droit de grève, je ne serai pas ici comme arbitre, mais au milieu de vous pour continuer la lutte. Vous êtes sortis de la mine unis et frères, unis et frères vous y rentrerez. »